VENI, VIDI, VICI

Personne ne peut ignorer la révolution digitale qui s’opère depuis le milieu des années 2000. L’apparition d’Internet a bouleversé, dans un premier temps, les modes de communication des humains et bien sûr des entreprises. La mobilité et son cortège de smartphones, tablettes et objets connectés marquent un nouveau bouleversement. Les interactions entre les marques et les consommateurs sont facilitées et se multiplient. De plus, elles sont conservées et historisées, leur analyse permettant d’améliorer constamment l’efficacité de l’entreprise, tout en gardant un œil sur le futur.

Bienvenue dans l’ère du digital et du social. Les technologies de l’information ouvrent des perspectives qui étaient encore inimaginables il y a 15 ans. Et ce, dans tous les domaines, toutes les fonctions, tous les secteurs d’activité et quelle que soit la taille de l’entreprise. Comment mettre cette révolution numérique au service du développement (ou dans certains cas de la survie) de l’entreprise ? Et comment saisir cette opportunité technologique pour transformer les métiers, rationaliser les processus, inventer de nouveaux produits et services, améliorer l’organisation, etc. ?

Transformation numérique : au-delà d’une simple question informatique, les Codir doivent développer une stratégie globale.
Jusqu’alors trop souvent considéré comme un centre de coût, outil de gestion indispensable mais sans valeur stratégique, confiée à une Direction informatique sous la coupe d’un Directeur financier ou Secrétaire général, voilà l’informatique bombardée fonction stratégique, directement supervisée par le PDG et le Codir ! Quel changement !

Mais au-delà d’une question purement informatique, certains Codir ont compris toute l’importance de cette transformation et l’impact qu’elle va avoir sur de nombreux aspects de leurs activités, depuis leur organisation jusqu’à la pérennité de leur business model. D’autres n’ont pas encore pris la mesure de cette évolution. Pourtant, le mouvement est inexorable.

L’arrivée tonitruante de nouveaux acteurs – généralement issus du numérique – ébranle les business models des entreprises traditionnelles. C’est, par exemple, le cas des taxis avec l’apparition des plates-formes de mise en relation entre chauffeurs et clients (de type Uber), ou des hôtels avec airbnb. Les banques et compagnies d’assurance voient également de nouveaux acteurs issus du Web remettre en cause leur pré carré. Choisir de ne pas faire évoluer son business model signifie tout simplement tenter de se battre avec des armes de siècles passés, et donc d’accepter de mourir avec son époque. D’autant que généralement, les entreprises issues du numérique défrichent de nouvelles méthodes, de nouvelles pratiques, qui ne sont assujetties à aucune réglementation ou législation – on le voit clairement aujourd’hui par exemple dans le domaine des big data.

Face à une telle transformation, trois types de réaction sont observés aujourd’hui :

  • Les Codir qui ne se sont pas encore appropriés le sujet ou ne le considèrent pas comme stratégique
  • Les Codir qui sont en phase d’expérimentation
  • Les Codir « pionniers » qui ont largement réfléchi aux conséquences de la transformation digitale sur les activités de leur entreprise et qui sont en train de déployer leur stratégie

Qu’est-ce qui distingue la dernière catégorie des deux premières ?
Les Codir pionniers ont initié une réflexion approfondie sur l’impact de la transformation digitale de leurs activités, à la fois vis-à-vis de l’externe (numérisation des processus clients) et en interne (définition des indicateurs permettant de piloter la performance et évangélisation).

Concrètement, ils se sont attachés, d’une part, à casser les silos. Dans le passé, les Directions de l’entreprise ne se parlaient pas ou peu. Trop souvent, par exemple, les politiques de recrutement de la DRH ne tenaient pas compte de l’avis des autres directions. Ou les recrutements intervenaient trop tard et ne reflétaient plus les vrais besoins des directions.1 Dans un monde où l’agilité est devenue le maître mot des nouveaux acteurs issus du numérique, la réactivité est essentielle et passe par un dialogue permanent entre les différentes directions. Les systèmes de management hiérarchiques ne sont plus adaptés. Place aux organisations matricielles, où la collaboration, le dialogue, l’intelligence collective et le partage d’expérience permettent d’accélérer les décisions.

D’autre part, les Codir pionniers ont œuvré à replacer le capital humain au cœur de leur stratégie. Il est certes essentiel aujourd’hui de mettre en place des systèmes de suivi de la performance basés sur des chiffres, mais cette approche reste incomplète si l’on ne tient pas compte de certaines nuances que seul le dialogue permet de décrypter.

Ainsi, les Codir les plus innovants sont « descendus sur le terrain » pour bien comprendre, par eux-mêmes, ce que sont les activités de l’entreprise au quotidien. Ceci leur a également permis d’actualiser les indicateurs de performance, afin qu’ils collent mieux à la réalité de l’entreprise numérique. Parallèlement, en se rapprochant de la base, ils ont eu l’occasion d’expliquer les changements à venir, sans intermédiaire (technologique ou hiérarchique), tout en se nourrissant du point de vue de ceux qui, au quotidien, contribuent à faire avancer la machine.

Les voyages forment la jeunesse et inspirent une nouvelle dynamique
Berceau de HP et d’Apple, financée historiquement par l’armée très présente dans la baie et forte de ses universités en pointe dans le domaine (Stanford), San Francisco est l’épicentre mondial de cette révolution qu’est la transformation digitale. La plupart des Codir ne s’y trompent pas et viennent en délégation rencontrer les locomotives du nouveau monde numérique que sont par exemple Google, Facebook, LinkedIn, Salesforce, ainsi que d’autres entreprises, peut-être moins connues mais tout aussi innovantes.

Si les Codir font le déplacement, c’est pour se nourrir de la créativité propre à la région, découvrir de nouvelles idées, de nouveaux services et usages que cette révolution peut apporter à leurs activités. Une fois rentrés, ils débriefent et décident de ce qu’il convient d’approfondir. Chaque membre du Comex/Codir sponsorise une initiative concrète à partir des idées glanées sur place. Tous les mois ils se réunissent pour échanger sur les progrès accomplis et décider de ce qui doit être poursuivi, élargi ou abandonné.

La plupart de ces entreprises sont des groupes aguerris en matière de numérique. Elles ont déjà forgé leur propre stratégie digitale et intégré les possibilités offertes pour faire évoluer leur organisation. Leurs équipes sont préparées : les services juridiques savent négocier ces nouveaux contrats, les achats savent comparer les offres de nouvelles générations avec celles historiques, les directions informatiques savent intégrer ces solutions dans leur architecture et les utilisent déjà au quotidien.

Les dirigeants s’intéressent bien sûr à la technologie sous-jacente et ne survolent pas le sujet. Ils recherchent de vraies innovations technologiques pour accompagner leur croissance et leur transformation. Les mots clés de leur réflexion sont :

  • Simplicité, pour faciliter l’adoption par le plus grand nombre et avoir plus d’impact.
  • Rapidité, pour des projets qui ne dépassent pas quelques semaines et ne sont qu’une étape d’un projet de transformation plus vaste.
  • Scalabilité, ou la capacité du système à supporter l’évolution de l’entreprise de façon globale.
  • Plateforme, avec un spectre fonctionnel large pour rationaliser le paysage applicatif et réaliser des économies d’échelle
  • Sécurité, pour garantir l’intégrité et la protection des données de l’entreprise

Les Codir n’ignorent en rien l’impact humain de ces bouleversements, notamment au niveau de la planification des effectifs, de la gestion des performances et de la gestion des (nouvelles) compétences. Sachant qu’il faudra y consacrer beaucoup de temps pour l’accompagner, ils ont fait le choix de ne pas attendre. Et s’il n’est pas encore trop tard, la fracture numérique est néanmoins déjà en train de se creuser, entre des entreprises et organisations qui ont pourtant accès aux mêmes technologies, au même moment et au même coût. C’est donc un choix que chacun doit assumer en temps et en heure. Et l’heure a sonné. Ainsi, si certains pourront dire « Veni, Vidi, Vici », d’autre se contenteront d’un « Tu quoque mi fili » au moment de rendre leur dernier souffle.

Cet article a été publié dans le Cahier d’Excellence du Trophée des CODIR en avril 2015

1 L’Angle Mort du Directeur Financier – La planification des effectifs